Quand PIERRE-JEAN DROUET m’a contacté l’an passé suite à mes récits
de l’EROICA sur mon blog pour connaître mon opinion sur l’organisation d’une épreuve équivalente en ANJOU, je crois avoir senti d’entrée que le
projet était bien avancé et que rien ne les arrêterait.
Petite immersion pour le staff en terre sainte EROICA au mois
d’octobre afin de toucher du doigt le succès et l’esprit de la doyenne TOSCANE en Italie et c’est parti pour l’ANJOU VELO VINTAGE.
Courageux car le challenge n’était pas gagné.
Alors même si la date n’est pas idéale pour les cyclistes et les
dirigeants qui sont en pleine saison de préparation aux championnats et grandes cyclosportives, sans compter ceux qui fêtent régionalement le vélo (c’est pour cela que l’EROICA s’organise en fin
de saison), direction SAUMUR le 19 JUIN 2011.
Pas de surprise les «monopoliseurs d’objectifs» des rendez vous de
vélos anciens sont déjà dans la place pour prendre les poses. Pas grave, cela crée le décor et l’habillage pour faire du buzz, comme on dit
aujourd’hui.
Tout est bien pensé et organisé : il y a des diplômés de
grandes écoles de commerce derrière ce staff, identité graphique et com. bien ciblé, le package engagement nickel, village départ en bord de LOIRE au cœur de la ville, animations, décorations
podium, tout est prêt.
Regroupement des 500 participants, de superbes équipages, des jolis
costumes, des femmes en grandes tenues toutes en beauté, du vélo populaire et bourgeois cote à cote des créations vélocipédiques originales, une belle triplette à moustache, un italien de
« la belle figure » pure sucre arrivé directement de TOSCANE avec sa posture racée et élégante de cousin du MARIO CIPOLLINI sans parler de son accent impayable. J’ai même vu un
président du conseil général sur un vélo (j’ai déliré en imaginant le maire de Marseille ou le président des Bouches du Rhône sur un vieux clou ?). Pas beaucoup d’anciens coursiers, (Je ne parle pas des anciens pros pour qui l’altruisme n’est pas une vertu). Une
belle escorte d’ouverture avec voitures et motos anciennes, tout ce petit monde bigarré et joyeux regroupé au dessus du château et de son merveilleux point de vue sur les berges de la LOIRE pour
un départ tout en douceur.
Les « monopoliseurs d’objectifs » sont en première ligne
dans les premiers kilomètres (généralement ils font le premier ravito et rentrent). Si les voitures anciennes ont du charme et de l’allure, elles sont bien éloignées des critères de pollution
actuels, et éviter leurs nuages de fumée provoque les premières accélérations.
Et puis les pelotons se forment et s’organisent par types de vélos
et de « cannes » les 60 à 80 avec des MERCIER PEUGEOT LEJEUNE MOTOBECANNE COLNAGO GITANE, les autres avec des vélos de facteurs, des tandems des routiers des randonneuses un triporteur
de livraisons.
Sortie de SAUMUR par
les coteaux plantés de vignes en direction de SOUZAY, première déviation pour le premier ravito dans le cœur des troglodytes .Espaces magiques et cathédrales creusées dans la pierre par des gars
pas fainéants et surement pas aux 35 heures. Deux façons d’extraire la pierre tendre à bâtir, les carrières à ciel ouvert qui laissent derrière leur exploitation un trou béant où creuser dans la
masse. Les anciens avaient trouvé que tant qu’à faire des trous autant travailler à l’horizontal et se servir des cavités pour en faire des locaux étanches et thermiquement régulés par
l’épaisseur de la roche : l’idéal pour des caves à vin .
Nous avons été très bien accueillis dans cet écrin minéral. Le casse
croute aidant une bande de joyeux « cyclards » de la région parisienne est tombée en admiration devant mon LEJEUNE 1973. L’un d’entre eux avait le même que moi en plus récent, avec le célèbre maillot rouge noir et blanc de la marque des frères LEJEUNE, un autre ancien pistard (pas besoin de voir sa licence, il suffisait de
regarder ses cuisses) qui avait un cadre artisanal acier et un équipement neutre en laine bleue flocage blanc à la marque de son fabricant, le doyen du groupe avec un COLNAGO et un maillot
d’époque de son club, le dernier un joyeux drille qui chevauchait un tout CAMPA de sous marque MOSER avec un maillot RALEIGH. C’était entendu, nous ferions route ensemble sur le 98 KMS avec le
RALEIGH car les autres devant nous laissaient à la bifurcation du 70 .
Dans les faux plats quand nous «vissions» un peu avec le RALEIGH et
le pistard, les deux autres «pétaient» et nous les attendions en chambrant gentiment à la cycliste. Bref on s’amusait! C’était l’étape du tour de 1960 : le speaker (le RALEIGH) commentait
l’échappée comme un gamin qui fait la course avec ses copains dans les rues du village. Néanmoins ça roulait comme des cyclistes, ce qui provoqua la surprise à l’arrivée sur MONTSEREAU vers 10 H
45 pour ce qui devait être l’étape du midi.
Et voilà le pauvre garçon chargé du ravito qui vit un moment de
panique en voyant débouler une horde de « vintageurs » avides de tampon de pointage. Bon enfant, le peloton d’ouverture a laissé le ravito se mettre en place en admirant ce bijou
renaissance qu’est le château de MONTSEREAU et les rives de la LOIRE .
Là, nous touchons à la jeunesse des organisateurs et leur naïveté
non coupable sur le milieu cycliste. Un coursier reste un coursier et pire quand il enfourche le vélo de sa jeunesse, il oublie ses douleurs, ses
opérations, ses kilos en trop, son âge et recherche à tout prix ses sensations du temps où il était 3 ou 4, voir toute caté, et qu’il faisait « sauter » tout le monde de sa
roue.
Vous mettez deux cyclistes ensemble et cela suffit pour faire une
course. Ca commence par le « quart de roue » et ca finit par le « flingage » en règle.
Difficile à imaginer quand on a jamais eu le privilège désuet
d’avoir accroché les épingles à nourrice d’un dossard sur les poches d’un maillot, ou quand on est rentré une fois dans sa vie à la maison avec un bouquet de fleur et une timbale en fer blanc
affreuse, mais tellement magnifique en figure de proue sur le buffet de la salle à manger. Pour eux, le VINTAGE, ce n’est pas une mode vestimentaire, c’est un retour aux sources sportifs. Ce
genre de malades bien portants vous bousillent des temps de passage de facteur et arrivent au banquet avant les cuisiniers. Pas grave car au dernier moment le coursier débranche, retrouve sa
lucidité, atterrit et laisse filer le temps, et admire le paysage en profitant du buffet. Les symptômes de cette maladie chronique (et contagieuse)
ne se manifestent uniquement quand le sujet est sur son vélo, tout va mieux quand il pose le pied à terre.
Ce qui n’empêchait pas nos lascars de remettre ça de plus belle en
« tirant des grands bouts droits » en traversant la forêt de FONTEVRAUD et ses vues insolites sur l’abbaye.
Et de l’insolite nous allions bientôt en découvrir en étant déviés
dans les gigantesques galeries de la cave de SAINT CYR EN BOURG. Même si nous n’avons pas fait l’intégralité des 10 kilomètres, c’est une impressionnante traversée au milieu de haies de
bouteilles. Je n’ai jamais vu autant de culs de bouteilles. Moi qui ne bois pas d’alcool, j’étais servi ! Arrêt obligatoire au comptoir d’une vigneronne passionnée par son vin et fière de
répondre à nos questions, et en plus très heureuse de nous accueillir, une bien belle et compétente ambassadrice d’ANJOU. Un petit jus de fruit et en route avec les quatre oiseaux qui
commençaient gentiment à « monter dans les grammes ». Passage dans les vignes, coup d’oeil sur les paysages avec leurs joyaux architecturaux, chefs d’œuvres d‘artisans et d’artistes
d’un temps où le temps ne comptait pas, les bâtisseurs réglaient les montres sur leurs créations. Nous pouvons prendre quelques minutes à les contempler. Arrivés à MONTREUIL BELLAY, nous quittons
nos trois compères et un gars trop « affuté » pour ne pas être coursier, en tenue « congés payés » des années cinquante, qui n’arrêtait pas de nous « mettre des mines » avec un vélo de ville PEUGEOT tout rouillé.
En arrivant sur MARSON, je crois que les gens de l’étape n’ont pas
eu le temps de déplier le matériel où le bénévole a lâché les organisateurs, l’église SAINTE CROIX ne fut d’aucun recours si ce n’est pour le décor magnifique. Pas vitale la qualité des
précédents ravitos nous permettaient de vivre sur nos réserves.
Passage sur GENNES (une homonymie italienne … Comme un
symbole).
Et ensuite à partir de l’étape sur L’ile de GENNES et la remontée
des bords de LOIRE, c’est la foule des grands jours.
On tombe dans la fête du vélo : des piques niques dans tous les
coins, des papas des mamans, des babins, des papis et mamies à vélo au milieu d’une route qui une fois par an leur appartient, des promeneurs cyclistes dans tous les sens joyeux gymquana pour
éviter tout ce petit monde. Spectacle populaire et impressionnant pour moi qui vient d’une région où l’on ne sait fermer les routes que pour laisser passer les cars de supporters du PSG qui vont
à l’OM pour s’insulter toute la soirée au stade vélodrome (sans vélodrome) et où la fête du velo se limite au tour du vieux port à 7HOO du matin en slalomant entre les voitures. Il est
certain qu’une belle réussite populaire sur les bords de LOIRE donne des ailes aux responsables de ce succès pour se lancer dans des variantes.
Heureusement que nous avons trouvé sur l’île un traceur de
l’organisation qui nous a guidé pour le retour sur SAUMUR car à ce moment de la rando avec nos vélo de course, nos déguisements de coureurs, nous nous sommes vraiment sentis décalés dans ce monde
de «cinq à l’heure» nous avons ramassés quelques quolibets. Nous étions des intrus dans leur fête, étrange sentiment qui nous a un peu gâché notre final. Arrivés sur SAUMUR au village, photo sous
le porche avec le RALEIGH, retrouvaille avec les collègues de rando photos et casse croute .
Une bien belle initiative courageuse qui pour une première fut,
malgré quelques petites erreurs de jeunesse sans gravité, une belle organisation : les moyens sont là, les sites sont splendides, les politiques et les acteurs économiques suivent de quoi
faire perdurer l’événement.
Il est certain que la limite entre le défilé historique et la rando
cycliste avec vélos anciens n’est pas facile à gérer. Ce n'est pas le même public et pas les mêmes objectifs, même si le vélo reste le lien.
Pour la comparaison avec l’EROICA, je crois que les organisateurs
avaient dès le départ la sagesse de ne pas viser l’objectif délirant d’imiter la grande messe italienne.
Néanmoins, je trouve certains beaux points communs avec la
Toscane :
Le VIN, créateur de paysages et de breuvages identiques pour l’ANJOU
ou le CHIANTI (les connaisseurs en vin vous expliqueront la différence… moi c’est le vélo), l’architecture, les monuments et surtout la Renaissance, lien culturel entre les artistes italiens
(transférés au mercato des génies par les rois de France) et les bâtisseurs des bords de LOIRE. La PIERRE BLANCHE, le MARBRE qui tapisse les routes
orne les monuments et statuts des alentours de SIENNE et le TUFFEAU arraché en galerie aux rivages de la LOIRE pour construire des merveilles de châteaux, églises et maisons de maitres. De belles
similitudes qui rapprochent les deux événements.
Mais faut-il comparer ?
L’une est un hommage au forçat de la route dans les conditions
d’époque que tout un peuple cycliste vénère une fois l’an où chaqueTIFOSI veut se montrer à la hauteur des BARTALI ou COPPI pour les anciens et MOSER ou BUGNO pour les plus jeunes, et l’autre est
une rando en costume et vélo anciens où l’on découvre les richesses d‘une région : manifestation originale intégrée dans une énorme fête du vélo .
C’est le symbole même du vélo : son accessibilité à toutes les
pratiques et toutes les formes d’expression. En cherchant bien, si la magie opère des enfants aux plus anciens c’est que je crois que le vélo ou la bicyclette (la différence est notable et
justifie un débat) représente l’unique « OBJET USUEL » capable de réaliser cette universalité.
Vous avez compris, l’ANJOU VELO VINTAGE mérite vraiment le détour.
Si vous aimez notre beau pays, inutile de courir le monde en racontant qu’en France on n’est pas capable d’organiser de belles manifestations historiques autour du vélo. Maintenant, il y en
a une avec derrière des gens qui ne sont pas là pour le business, comme ces organisateurs de cyclo ou rando anciens coureurs pro ou boite de com. qui
gèrent des opportunités. Pour eux, l’important semble être de mieux faire connaître et apprécier leur belle région .
Si vous aimez notre sport et ses racines, si la préservation de la
culture cycliste et ses valeurs nobles représentent un intérêt pour vous, passez un peu de temps à sa transmission et à son maintien en participant l’an prochain à la deuxième édition de l’ANJOU
VELO VINTAGE (je pense qu’elle existera l’an prochain )
C’est mieux que de regarder le minable spectacle hypocrite et la
grande mascarade sportive que représentent le tour de France et son tiroir caisse ambulant qui fait tellement de mal à notre sport (désolé je ne peux m’en empêcher !).
BRAVO aux organisateurs d’avoir tenté et tenu le pari ! Et
longue vie à cette épreuve !